Je suis parti du 9 au 23 septembre 2006, seul, pour faire le GR20 Nord, c'est à dire 9 étapes entre Vizzavona et Calenzana.
Je ne disposais que de 13 jours de marche effective, le GR complet en comptant 15, j'ai jugé plus sage de limiter le
parcours plutôt que de doubler des étapes, vu que c'était ma première expérience et qu'en plus j'étais seul.
J'ai choisi de voyager léger et j'ai pris le risque de ne pas prendre de tente et de compter sur une place dans chaque
refuge, ce que j'ai eu. Au niveau nourriture également, j'ai pris 4 lyophilisés au cas où c'était nécessaire, mais je ne
les ai pas consommés et j'ai pris le menu dans chaque refuge. Je comptais m'arrêter à tous les refuges et au Castellu
di Verghju, pour me permettre de grimper la Paglia Orba depuis la mini étape de Ciottulu di i Mori. Le mauvais temps m'a
empêché de m'arrêter à ce refuge et de grimper sur le plus beau sommet de Corse.
Motivations:
L'amour de la Corse plus que le goût de la marche. Depuis que je viens en Corse j'ai entendu parler du GR20 comme d'une
randonnée mythique. La réalisation était pourtant inaccessible dans mon esprit pour plein de raisons. Un chamboulement dans
ma vie et le fait que mon père, décédé il y a trois ans, envisageait d'en faire un jour une partie m'a définitivement décidé
à me lancer. Le fait de me retrouver seul en début de préparation n'aura pour finir pas été un frein.
Préparation:
Je suis sportif amateur et j'ai donc une condition physique acceptable. J'avais cependant décidé d'aller courir une
fois par semaine pour améliorer ma condition physique mais je me suis arrêté début juillet. Je n'ai rien fait d'autre et la
condition physique n'a pas été un problème, à part pour la première étape. Au niveau de l'orientation, le GR est dans sa
plus grande partie très très bien balisé.
Transports:
Vols directs Bxl Bastia et Bastia Bxl avec Jetonly pour 248€ TTC. Le train Corse, très sympathique, n'a pas pu me venir en
aide cette fois. Sur place j'ai fait tous mes déplacements en stop et je n'ai pas eu à le regretter. Les Corses sont très
sympas et les touristes sur place sont également prêts à s'arrêter. Plus difficile évidemment sur la nationale.
J'ai utilisé le taxi pour rejoindre Corte depuis le Col de Verghju et le bus pour rejoindre Bastia depuis Miomo (1,40€)
et pour rejoindre l'aéroport depuis Bastia (9€).
Hébergements:
A Corte (3 nuits), j'ai logé à l'hôtel HR qui propose des chambres au confort très réduit à partir de 25€ par nuit. Les
refuges du PNRC coûtent 9,5€ par nuit, j'ai logé à L'Onda, Petra Piana, Manganu, Tighjettu, Ascu Stagnu, Carrozzu et Ortu
di u Piobbu. J'ai toujours eu de la place. Je me suis arrêté à la station de ski de Castellu di Verghju plutôt qu'à Ciottulu
di i Mori pour avoir une douche chaude à mi-parcours. La demi pension (35€) donne droit à un délicieux repas, à
l'électricité et à une douche chaude, comme dit plus haut.
Prologue d'une magnifique aventure
La raison principale pour laquelle je me suis lancé sur cette randonnée, c'est l'intérêt et la
passion que je voue à l'île de beauté. Petit à petit, mais depuis le premier jour où j'y ai mis les pieds, mon intérêt
pour les paysages, la nature, l'histoire, la culture, la gastronomie, la musique ou le football Corse n'a cessé de
croître. En découvrant, en rencontrant, en revenant, je me suis fait ma propre opinion sur l'île et les gens qui
l'habitent, loin des clichés véhiculés par les médias français. Mon GR20 s'inscrit donc dans une suite logique à mon
désir de découvrir la Corse toujours un peu plus authentique, toujours plus proche de Fiuminale en février que de
Porto-Vecchio en août. En prenant le temps de découvrir la Corse, comme on a parfois le temps de le faire sur le GR,
on la découvre vraiment différemment. Quand on s'assied et qu'on se tait pour écouter le vent à la brèche de Capitellu
ou pour écouter une guitare dans une pizzeria étrange à Bastia, on comprend la Corse autrement. C'est cette Corse là
que j'aime, c'est celle que j'ai vu sur le GR20...
Les Corses, eux, ne sont pas des animaux rustres et bourrus, qui ne supportent pas les continentaux parce qu'ils ne
sont pas Corses. Ce ne sont pas des gens qui ne vivent que pour sucer les subventions de l'état et de la Communauté
Européenne. Même si rien n'est blanc et rien n'est noir, il ne faut jamais oublier que la Corse vivait bien et était
un exemple de démocratie sous Paoli avant que les français n'arrivent. Les informations qui arrivent aujourd'hui sont
souvent (involontairement j'espère) tronquées. Les raisons d'un taux de chômage important sur l'île aujourd'hui sont
par exemple le résultat de plusieurs facteurs historiques (déplacement de la population active sur le continent, envoi
massif de la population active Corse à la guerre lors du siècle passé,...) et pas toujours le résultat d'une paresse
injustement associée à la Corse.
Le débat est long et n'est pas à la portée du pauvre petit mangeur de frites que je suis mais il est peut être
intéressant, de nouveau, de s'asseoir, et d'écouter pour comprendre et se faire une opinion plus juste... TF1 ne
détient pas la vérité absolue.
Dimanche 10 septembre : Corte - Vizzavona - L'Onda.
Le refuge de L'Onda est renseigné dans le guide comme étant le plus petit (12 places). Il est donc important de ne pas
traîner en chemin pour arriver dans les premiers. Le retard de la veille est à combler aussi. Je suis donc au poste,
à la sortie de Corte, à sept heures frappantes, le pouce levé, en espérant être au plus tôt au départ de l'étape du
jour. La première personne qui passe... est à pied ! Un auto-stoppeur s'installe à cent mètres de moi. La partie ne
s'annonce pas aisée mais la chance me sourit : après un quart d'heure, c'est le veilleur de nuit de mon hôtel qui
passe et me prend jusque Venaco.
Dans la précipitation, j'oublie ma bouteille d'eau dans sa voiture ! Petite action, grandes conséquences :
j'affronterai l'étape la plus dure du parcours sans eau potable et sans repas consistant. Une fois de plus je me dis
que l'aventure commence, mais cette fois j'ai en face de moi la première marque rouge et blanche qui m'indique le
chemin du "Fra li monti", le fameux GR20 qui me fait rêver depuis tant de temps. Pas le temps de rêver, il est tard
et le refuge de l'Onda est loin. Je sens la main de papa dans mon dos, Mimi, Laurent, Audrey et tous ceux qui
m'enverront des messages pendant ces deux semaines marchent à mes côtés. Mon aventure ne commence pas, elle A commencé.
Et je le sens. Au menu de la première étape il y a 1200m de dénivelé à grimper et la soif ne tarde pas à se signaler.
C'est dur, très dur. Je fini par boire l'eau des rivières et j'attaque mes barres de céréales. Mauvais point pour la
préparation. Heureusement, le spectacle que m’offrent les cascades des Anglais et le Monte d'Oru apaise mes difficultés.
Aux deux tiers de l'ascension, je fais la rencontre de la famille André. Nous marcherons ensemble quelques jours et leur
rencontre sur cette première étape sera un vrai salut. Les dernières centaines de mètres à grimper sont infernales : plus
d'eau (même plus de rivière), rien de notable dans l'estomac, trois heures d'efforts intensifs dans les jambes et une étape
dont je ne vois pas le bout ! J'emboîte donc le pas en toute humilité mais sans honte dans celui de la maman André. Je n'en
peux plus, si elle s'arrête je m'arrête. Si elle marche, je marche. J'ai déconnecté mon cerveau et je ne fais que la suivre...
pour enfin arriver en haut. Spectacle grandiose. Tout le monde s'arrête, reprend des forces. Je choisis de continuer pour
arriver avant les quelques randonneurs qui se reposent. La descente est moins difficile mais plus technique, le risque de
chute est permanent car le sentier est fait de petits cailloux poussiéreux. Deux chutes sans conséquences plus tard... le
refuge, au loin.
Enfin. J'arrive dans les temps, j'ai le 14e lit disponible sur 16 (le refuge a été agrandi cette année) et
je réserve dans la foulée le menu du soir... A ce moment commence une soirée particulière : découverte des chiottes turques,
première douche froide, premières rencontres, premier menu en refuge,... Je rencontrerai ce soir là, la Famille André
(que j'avais juste croisé pendant la journée), deux belges (père et fils) de Rixensart, cons comme la lune; un groupe de
randonneurs français qui randonnait dans l'autre sens et qui s'étaient rencontrés sur le parcours... En fait, j'avais
devant moi ce que j'appelle aujourd'hui un premier tableau de GR20. Une situation qui est devenue aujourd'hui une image
figée. L'ambiance lors de ce repas partagé par des gens fatigués mais fiers, venant d'endroits différents, qui ne se
connaissent pas mais qui sont avides de savoir ce que l'autre à vécu pendant sa journée, est vraiment particulière.
Les refuges sont aussi l'occasion de voir des gens hauts en couleur comme ce randonneur accompli qui m'a tellement fait
penser à un personnage des bronzés, qui a décidé, sans raison, de dormir dehors, comme ça, pour faire le cow-boy.
Fatigantes et fortes en émotions, la journée se termine après le morceau de fromage Corse qui clôture le menu délicieux
(soupe corse, lasagne et fruit) servis par un couple de gardiens de refuge sympas et accueillants !
Lundi 11 septembre : L'Onda - Petra Piana.
Deuxième étape, deuxième jour d'aventure ! La nuit fut courte et difficile, je n'ai plus du tout l'habitude de dormir en
sac de couchage et une imbécile a allumé la lumière pour tout le dortoir vers cinq heure du mat' ! Le temps de tout
remballer, d'admirer le lever du jour depuis le balcon du refuge et d'acheter un pain au gardien pour ne pas connaître
la même mésaventure qu'hier et je suis parti à travers une superbe forêt de pins en descente douce vers le refuge de
Petra Piana, que j'atteindrai après quatre bonnes heures de marche et une heure de glandes dans les splendides cascades
de Manganellu, après avoir passé la passerelle et les bergerie de Tolla. L'occasion de rencontrer de vieux Gantois et un
très sympathique couple de jeunes Namurois au bord de l'eau. Le GR est fréquenté par de très nombreux belges qui ne sont
pas tous aussi cons que ceux rencontrés hier. Une première partie d'étape assez aisée qui va laisser place à une nouvelle
ascension très pénible (900m), coupée par une pause repas aux bergeries de Ghjalgu, et une nouvelle révélation au niveau
de la préparation : tout mon matériel n'est pas adapté. Le poncho que j'ai emporté pour me protéger de la pluie ne sert à
rien ! La pluie a commencé à tomber alors que j'approchais de Petra Piana et la dernière demi-heure s'est faite sous une
petite pluie inquiétante et glissante. Le poncho trop petit, ne pouvait pas me couvrir quand je portais le sac à dos. Il
est donc à espérer que le ciel retiendra ses gouttes les 10 prochains jours car je me suis débarrassé de l'objet inutile.
Je suis pour finir arrivé au refuge sans casse et je découvre un refuge très sympa, fait de plusieurs petits chalets et
avec une vue imprenable sur la vallée traversée. Je retrouve la famille André (très sympa, ils m'ont gardé une place) et
les belges cons. Comme la veille, je me prends un Twix et un Coca au ravitaillement, ça deviendra un petit rite jusqu'à
la fin du parcours. Je commande le menu et passe le temps qui me sépare du repas à lire le livre acheté à Zaventem
(un recueil d'interview de Coluche). Le repas ne tient pas les promesses de celui de la veille. Un cake plutôt fade suit
un plat de pâte au pesto sans plus de goût. La lumière qu'offre le jour qui commence à tomber est très bonne, c'est
l'occasion de faire quelques photos avant d'aller dormir. La journée de demain promet de nouveau une belle étape, il
s'agira d'être en forme !
Mardi 12 septembre : Petra Piana - Manganu.
Aujourd'hui, réveil et mise en route rapide. Manganu n'est pas un refuge fréquenté par les seuls trekkeurs du GR20, mais
aussi un abri pour les chasseurs, les pécheurs et les randonneurs de tout poil. Pour m'assurer une place, je choisis donc
de ne pas tarder. Dés le départ une rencontre sympathique: une salamandre. Voici donc le premier animal inhabituel de mon
périple, qui ouvre la voie sur une première ascension pénible, qui me permet d'accéder à un point de vue remarquable. Pause,
photo, barre de céréale et c'est reparti... mais pas pour longtemps. Je paye à présent l'oubli de la bouteille d'eau dans la
voiture ! Sans entrer dans les détails, mon système digestif m'indique que l'eau bue dans la rivière l'avant veille était
impropre à la consommation. Pas de regrets, je ne pouvais pas faire autrement. Heureusement je ne suis pas trop atteint et
je poursuis ma route dans un cadre remarquable: une succession de lacs de montagne (dont les lacs de Rinosu, Melu et
Capitellu), paisibles mais entourés d'une ambiance mystérieuse du fait des nombreux contes et légendes qui s'y rapportent...
Le parcours en crête est agréable et bien indiqué mais la traversée de quelques champs de gros blocs de rochers rappelle à
la prudence. Alors que j'approche de la brèche de Capitellu, véritable charnière de l'étape du jour, je suis rattrapé par la
famille André, avec qui je finirai l'étape. Une étape qui se corse diablement quelques centaines de mètres plus loin lors de
l'ascension proprement dite de la brèche, on ne parle plus ici de marche mais plutôt d'escalade par endroit. L'usage des
mains est indispensable mais le spectacle en vaut la peine : nous mangeons au sommet, avec du soleil et un panorama
splendide, à l'endroit même où a été prise la photo qui fait la couverture du topoguide. Après avoir mangé l'une ou l'autre
barre de céréales, la descente s'annonce difficile car ce sont de gros blocs de rochers qu'il faut descendre et une chute
peut avoir des conséquences vraiment dramatiques. Mes genoux me font fort mal pour la première fois, c'est donc avec
soulagement que nous arrivons en bas sur les pozzines qui bordent une petite cascade. La rivière qui coule nous mènera en
une petite heure au refuge de Manganu mais la pluie qui a fait son apparition ne rend pas la baignade très attrayante.
Doublement dommage car la rivière qui coule tout près du refuge est très jolie mais surtout, les sanitaires sont absolument
repoussants ! L'accueil n'est pas mauvais mais il est inexistant, je commande quand même le repas (haricots blancs en sauce)
malgré mes problèmes intestinaux qui ne s'arrangent pas du tout (sans plus de précisions). Le refuge de Manganu restera
donc pour l'accueil, le repas et les conditions (drache à la belge) comme le moins sympathique d'autant que le réseau
m'empêchera d'envoyer mon MMS du jour. La fréquentation du refuge n'est pas exceptionnelle non plus,... vivement demain !
Mercredi 13 septembre : Manganu - Castellu di Verghju.
L'étape du jour me mènera au Castellu di Verghju. Étape ô combien attendue car après une étape longue en kilomètres, mais
accessible en termes de dénivelés et de difficulté, je devrais retrouver une douche chaude, un lit, du courant, un vrai
repas et peut être même de quoi faire la lessive. L'étape proposée me propose de passer par le lac de Ninu, où je suis
passé il y a quelques années. Je pars donc seul de bonne heure et de bonne humeur, en saluant la famille André une dernière
fois car eux ne continuent pas le GR mais bifurquent vers Corte. Après quelques centaines de mètres de marche à peine,
le paysage s'ouvre et un immense plateau apparaît. Des vaches et des chevaux y paissent en toute tranquillité, ils doivent
être parmi les plus heureux du monde. Une petite ascension mène aux bergeries de Vaccaghja et m'offre un vrai sentier
jusqu'à la fin de l'étape, en passant par le lac de Ninu, que j'atteins par le bas. Je suis en train de vivre un grand
moment dans ma vie et je le ressens fort. Cette randonnée me plaît énormément et le fait d'arriver aux abords de ce lac,
qui évoque pour moi des souvenirs pas évidents à gérer, me donne un sentiment de force encore plus fort. Le lac n'a pas
changé, toujours aussi beau et calme. Une vache prend son bain et un poulain veille sa mère, ce lac est un véritable
enchantement, j'y reviendrai certainement encore un jour. La randonnée se poursuit et passe par le col San Petru et ses
arbres couchés par le vent puis la splendide forêt de Valdu Niellu, qui abrite quelques espèces de champignons curieux.
Au terme de cette très agréable étape, j'arrive (accompagné par des cochons sauvages) à la station de ski, convertie en
gîte pendant l'été, de Verghju où je trouve tout ce dont je rêvais en terme de confort (ce n'est pas non plus un quatre
étoile mais une douche chaude ça change la vie). Sieste, farniente et lessive me mènent au délicieux repas du soir
(raviolis au brocciu et viande en sauce). Après le repas, grande classe: du foot à la télé ! Lyon joue contre le Real
et ce sera l'occasion pour moi de faire connaissance avec le serveur du bar, fan de foot et du Sporting, qui évidemment
ne soutient pas les français de Lyon mais leurs adversaires. Une rencontre sympa (de plus) donc malgré une victoire
Lyonnaise. La nuit qui s'annonce devrait être toute bonne dans un vrai lit, avant une étape tampon qui doit me mener
aux portes du cirque de la solitude...
Un grand merci à Samuel pour sa participation.
Je vous invite à découvrir la suite de l'aventure sur mon site www.gr-20.be.